Professionnels collaborant avec des outils d'IA dans un environnement de travail moderne et lumineux
Publié le 12 mars 2024

La question n’est plus de savoir si l’IA va impacter votre poste, mais comment vous allez la piloter. Votre valeur ne réside plus dans vos compétences techniques, mais dans votre capacité à les augmenter par des méta-compétences humaines.

  • Les soft skills comme l’empathie et l’esprit critique deviennent des outils de contrôle stratégique et de prise de décision, là où l’IA n’est qu’un exécutant.
  • La sécurité de l’emploi se déplace du statut (CDI) vers une employabilité dynamique, fondée sur l’autonomie, l’adaptabilité et la capacité à apporter une valeur non-automatisable.

Recommandation : Commencez par auditer vos compétences comportementales actuelles non comme des qualités personnelles, mais comme des actifs professionnels stratégiques à développer et à quantifier.

La vague de l’intelligence artificielle déferle sur le monde du travail, et avec elle, une angoisse palpable chez de nombreux cadres et employés : mes compétences techniques, si durement acquises, vont-elles devenir obsolètes ? Vous avez passé des années à maîtriser Excel, à optimiser des processus ou à analyser des données, et aujourd’hui, une machine semble pouvoir le faire plus vite, et bientôt, mieux. Cette crainte est légitime, mais elle repose sur une prémisse erronée.

Face à cette révolution, le discours ambiant se résume souvent à une injonction vague : « il faut s’adapter ». On nous présente des listes de « soft skills » à la mode, sans jamais vraiment expliquer leur rôle stratégique. L’empathie, la créativité, l’esprit critique… Sont-ils de simples suppléments d’âme pour humaniser un monde de plus en plus digital, ou représentent-ils autre chose ? La vérité est plus tranchante et, pour qui sait la saisir, bien plus enthousiasmante. Il ne s’agit pas de « résister » à l’IA, mais de la piloter.

Et si la véritable clé de votre employabilité future n’était pas dans l’accumulation de nouvelles compétences techniques, mais dans le développement de « méta-compétences » humaines ? Ces compétences ne sont pas « douces » ; elles sont le nouveau cockpit depuis lequel vous dirigerez la puissance de l’IA. Votre valeur ne résidera plus dans votre capacité à *exécuter* une tâche, mais dans votre jugement, votre intention et votre capacité à interagir pour donner un cap à la machine. Vous n’êtes pas en compétition avec l’IA, vous êtes son manager.

Ce guide est conçu pour vous, le professionnel qui refuse l’obsolescence. Nous allons déconstruire le mythe des soft skills comme de simples qualités personnelles pour les révéler comme ce qu’elles sont vraiment : les nouvelles compétences dures de l’économie de l’IA. Nous analyserons comment elles se traduisent en valeur concrète, comment les mettre en avant, et où se nichent les opportunités pour ceux qui sauront faire de leur humanité leur principal atout stratégique.

Pour vous guider dans cette transformation, cet article est structuré pour répondre aux questions essentielles que vous vous posez. Chaque section aborde un aspect crucial pour vous aider à construire une carrière non seulement résiliente face à l’IA, mais augmentée par elle.

Pourquoi l’empathie devient-elle plus cotée que la maîtrise d’Excel ?

Pendant des décennies, la maîtrise d’outils techniques comme Excel était un marqueur de compétence et de productivité. C’était la capacité à organiser, calculer et analyser des données de manière efficace. Aujourd’hui, l’IA exécute ces tâches à une vitesse et une échelle que l’humain ne peut égaler. La valeur se déplace donc de l’exécution technique vers ce qui la précède et ce qui la suit : la compréhension du besoin et l’interprétation du résultat. C’est ici que l’empathie cesse d’être une simple qualité pour devenir une compétence de diagnostic stratégique.

L’empathie en milieu professionnel n’est pas la compassion ou la sympathie. C’est la capacité à comprendre précisément les motivations, les frustrations et le contexte d’un client, d’un collègue ou d’un utilisateur. L’IA peut analyser des millions de points de données, mais elle ne peut pas « ressentir » l’hésitation dans la voix d’un client ou décoder le non-dit lors d’une réunion. Cette compréhension fine est le point de départ de toute innovation pertinente. Sans elle, l’IA n’est qu’un moteur surpuissant sans volant. Votre rôle est de fournir l’intention, l’objectif qualitatif que l’ingénieur traduira en objectif quantitatif pour la machine.

Cette capacité à se connecter humainement permet d’exercer une intelligence émotionnelle et situationnelle. Face à un résultat produit par une IA, votre empathie vous aide à vous demander : « Est-ce que cela répond vraiment au problème sous-jacent de mon client, ou est-ce juste une réponse techniquement correcte mais humainement inadaptée ? ». C’est cette boucle de rétroaction qualitative qui permet d’améliorer et de contrôler l’IA, faisant de vous son pilote et non sa victime.

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Comme cette image le suggère, la véritable connexion se joue dans l’écoute et la compréhension mutuelle. C’est en devenant une meilleure interface humaine que vous démultipliez la puissance de l’outil technologique. L’empathie est le nouveau langage de programmation du besoin client, un code que l’IA ne sait pas encore écrire seule.

Plan d’action : 3 méthodes pour cultiver votre empathie stratégique

  1. Pratiquer l’écoute active : Lors de chaque échange, fixez-vous comme objectif de reformuler systématiquement ce que votre interlocuteur exprime pour valider votre compréhension avant de donner votre propre avis.
  2. Adopter la vérification inversée : Face à une situation ou une demande, cherchez activement les arguments qui pourraient prouver que votre première interprétation est fausse. Cet exercice force à considérer d’autres perspectives.
  3. Mettre en place une checklist de contexte : Avant de lancer un projet, listez les questions clés sur l’utilisateur final : Quel est son problème non exprimé ? Dans quel environnement utilisera-t-il la solution ? Qu’est-ce qui pourrait le frustrer ?

En définitive, si Excel organise l’information, l’empathie en décode le sens et la pertinence. Dans un monde saturé de données, la prime va à celui qui sait poser les bonnes questions, et non plus seulement à celui qui a les bonnes réponses chiffrées.

Comment optimiser votre profil LinkedIn pour attirer les recruteurs sans postuler ?

À l’ère de l’IA, votre profil LinkedIn ne doit plus être un simple CV en ligne. Il doit devenir une plateforme de démonstration de votre pensée stratégique et de vos soft skills. Les recruteurs modernes, et moi le premier, ne cherchent plus seulement des listes de compétences techniques. Nous cherchons des signaux de votre capacité à penser, à communiquer et à vous adapter. Votre profil doit devenir une vitrine de votre capital humain irréductible.

La première étape est de sortir du langage passif. Au lieu de lister vos tâches (« Gestion de projet… »), décrivez vos réalisations en mettant l’accent sur l’impact généré par vos compétences comportementales. Par exemple, au lieu de « Responsable d’équipe », préférez : « J’ai fédéré une équipe de 10 personnes autour d’un projet complexe, améliorant la collaboration et réduisant les délais de 15% grâce à une communication transparente et une écoute active ». Vous ne parlez plus de ce que vous avez fait, mais de *comment* vous l’avez fait et avec quel résultat.

De plus, le résumé de votre profil est votre tribune. Utilisez cet espace pour articuler votre vision du marché, votre approche des défis actuels et la manière dont vous envisagez la collaboration entre l’humain et la technologie. C’est l’endroit parfait pour utiliser le lexique de l’originalité : parlez de « pilotage stratégique », de votre rôle « d’interface humaine ». Montrez que vous n’êtes pas un simple exécutant mais un penseur. Les mots-clés sont cruciaux, et il est frappant de voir que selon les dernières données, près de 85% des offres publiées en France mentionnent désormais au moins une compétence comportementale comme critère.

Pour un recruteur, un profil qui démontre une compréhension fine des soft skills recherchées dans son secteur est un signal extrêmement puissant. Il indique un candidat qui a non seulement les compétences, mais aussi la maturité pour comprendre les enjeux actuels du monde du travail.

Soft skills prioritaires selon les secteurs
Secteur Soft skills prioritaires
Commerce et relation client Communication, empathie, écoute active
Management Leadership, prise de décision, responsabilité
Tech et data Adaptabilité, créativité, esprit critique
Industrie Résolution de problèmes, organisation, rigueur

Finalement, publiez du contenu. Partagez des articles pertinents en y ajoutant votre analyse en deux ou trois phrases. Commentez les publications d’autres experts. Vous ne vendez plus votre CV, vous démontrez votre expertise et votre capacité de réflexion en temps réel. C’est ainsi que vous passerez du statut de demandeur d’emploi à celui de talent convoité.

CDI ou Indépendant : quel statut offre la meilleure sécurité aujourd’hui ?

La question du statut, CDI contre indépendant, est un débat classique qui prend une toute nouvelle dimension avec l’IA. Historiquement, le CDI était synonyme de sécurité. Aujourd’hui, cette sécurité est une illusion si les compétences sur lesquelles il repose deviennent obsolètes. La véritable sécurité ne réside plus dans le statut juridique, mais dans l’employabilité perpétuelle. Que vous soyez en CDI ou freelance, la seule vraie garantie est votre capacité à rester indispensable.

Le modèle du salariat traditionnel est mis à mal par une IA qui peut automatiser des pans entiers de fonctions support ou d’analyse. Un poste sécurisé hier peut être restructuré demain. À l’inverse, le statut d’indépendant, autrefois perçu comme précaire, peut offrir une sécurité paradoxale. Pourquoi ? Parce qu’il force à développer en permanence les compétences les plus recherchées par le marché : l’autonomie, la discipline, la capacité à se vendre, à gérer un projet de A à Z et à s’adapter constamment. Ces compétences sont au cœur de ce que les entreprises recherchent aujourd’hui, même pour leurs salariés.

Le développement massif du télétravail a d’ailleurs accéléré cette tendance, en mettant en lumière une compétence clé qui transcende les statuts : l’autonomie. Elle est devenue, selon des experts comme Jérémy Lamri de Sciences Po, une « compétence critique pour la survie de l’entreprise ».

Étude de cas : L’autonomie comme nouveau socle de sécurité professionnelle

L’essor du télétravail a transformé l’évaluation de la performance. Les entreprises ne peuvent plus se baser sur le simple présentéisme. Elles valorisent désormais les collaborateurs capables de gérer leur temps, de hiérarchiser leurs priorités et de prendre des initiatives pour atteindre leurs objectifs sans supervision constante. Cette autonomie, compétence fondamentale du freelance, est devenue un critère de sécurité et d’évolution de carrière majeur pour le salarié en CDI. Un employé autonome est perçu comme plus fiable, plus agile et donc plus précieux, le protégeant davantage des restructurations qu’un collègue nécessitant un micro-management constant.

Que vous choisissiez le CDI ou le statut d’indépendant, la stratégie est la même : vous devez vous comporter comme une « entreprise de vous-même ». Cela signifie investir continuellement dans vos méta-compétences, construire votre marque personnelle et être capable de démontrer votre valeur ajoutée au-delà de l’exécution technique. La sécurité n’est pas un contrat, c’est un portefeuille de compétences pertinentes.

La question n’est donc plus « quel statut est le plus sûr ? », mais « comment puis-je construire un profil si solide et adaptable qu’il m’assure des opportunités, quel que soit mon statut ? ». La réponse réside dans le développement de cette autonomie et de cette agilité qui caractérisent les meilleurs talents, salariés ou indépendants.

L’erreur d’envoyer un CV générique qui finit à la poubelle des ATS (robots trieurs)

L’une des plus grandes frustrations des candidats aujourd’hui est d’envoyer des dizaines de CV pour ne recevoir aucune réponse. La cause est souvent un malentendu fondamental sur le premier interlocuteur de votre candidature : l’ATS (Applicant Tracking System). Ce robot trieur n’a ni émotion, ni intuition. Il scanne votre CV en quelques secondes à la recherche de mots-clés spécifiques définis par le recruteur. Envoyer un CV générique, c’est comme essayer d’ouvrir une porte avec la mauvaise clé. C’est une erreur qui vous élimine avant même que le jeu ne commence.

Pire encore, cette approche révèle un manque de soft skills. Elle signale un défaut d’analyse (ne pas avoir étudié l’offre), un manque d’empathie (ne pas s’être mis à la place du recruteur) et un manque d’effort. À l’inverse, un CV méticuleusement adapté est le premier signal d’un candidat stratégique. Il faut donc intégrer les mots-clés de l’offre, non seulement les compétences techniques mais surtout les compétences comportementales comme « leadership », « esprit d’équipe » ou « résolution de problèmes ». Une section dédiée « Compétences Comportementales » peut aider l’ATS et le recruteur à les repérer immédiatement.

Cependant, lister des soft skills ne suffit pas. Il faut les prouver. C’est là que la quantification devient votre meilleure alliée. Ne dites pas « bon communicant », dites « Amélioration de la satisfaction client de 10% grâce à une refonte de la communication par email ». Ne dites pas « leadership », dites « Management d’une équipe de 5 personnes ayant permis de livrer le projet X avec 2 semaines d’avance ». Vous transformez une qualité subjective en un résultat mesurable et donc crédible. Cette approche est d’autant plus critique que, selon une étude citée par le Forum Économique Mondial, un nombre écrasant d’échecs en entreprise est lié à des lacunes comportementales. On estime en effet que jusqu’à 89% des échecs d’intégration ont pour origine un défaut de soft skills.

Le CV n’est pas mort, mais son rôle a changé. Il n’est plus un historique de votre carrière, mais une bande-annonce de votre impact potentiel. Chaque ligne doit être une promesse de valeur, étayée par une preuve. L’ATS n’est qu’un premier filtre. Votre véritable objectif est de donner au recruteur humain, qui lira votre CV après le robot, des arguments concrets et chiffrés pour vous appeler.

Arrêtez de postuler en masse. Considérez chaque candidature comme un mini-projet stratégique. Analysez l’offre, identifiez les mots-clés, adaptez votre CV, quantifiez vos succès. C’est plus de travail, mais c’est la seule méthode qui fonctionne pour sortir du bruit et attirer l’attention des recruteurs qui cherchent les vrais talents.

Quels secteurs recruteront massivement dans 5 ans ?

Prédire avec exactitude les secteurs qui exploseront dans cinq ans est un exercice périlleux, surtout à une époque où la technologie redéfinit les règles du jeu en permanence. Une célèbre étude de Dell et de l’Institut du Futur a mis en lumière cette incertitude en avançant que 85% des emplois qui existeront en 2030 n’ont pas encore été créés. Cette statistique, bien que vertigineuse, contient une leçon essentielle : il est plus stratégique de miser sur des compétences transversales que sur un secteur spécifique qui pourrait être disrupté demain.

Plutôt que de se demander « où travailler ? », la bonne question est « quel type de rôle jouer ? ». Les opportunités massives ne se trouveront pas dans des secteurs, mais dans des fonctions. Plus précisément, dans tous les rôles qui se situent à l’interface critique entre la technologie et l’humain. Partout où il faudra traduire un besoin humain complexe en une spécification technique, partout où il faudra interpréter un résultat algorithmique avec du bon sens et de l’éthique, partout où il faudra gérer des équipes dont une partie du travail est automatisée, il y aura un besoin criant de talents.

Pensez aux métiers de « traducteur IA » dans le marketing, la finance ou le droit. Pensez aux « coachs en collaboration homme-machine » dans l’industrie. Pensez aux « éthiciens de l’algorithme » dans la santé ou les ressources humaines. Ces métiers n’existent pas encore pour la plupart, mais ils ont tous un point commun : ils exigent un haut niveau d’empathie, de communication, d’esprit critique et de créativité. Ce sont des postes où la valeur ajoutée ne réside pas dans l’exécution, mais dans le jugement et l’interaction.

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Le futur du travail, comme le suggère cette vision d’un espace ouvert et collaboratif, sera moins défini par des industries cloisonnées que par des flux de projets et de compétences. Les secteurs qui prospéreront seront ceux qui intégreront le plus intelligemment l’IA tout en valorisant au maximum le capital humain irréductible de leurs collaborateurs.

Votre carrière sera plus résiliente si elle est construite sur un socle de méta-compétences applicables partout, plutôt que sur une expertise sectorielle qui pourrait devenir caduque. Visez les fonctions d’interface, car c’est là que se situera la croissance durable des emplois à haute valeur ajoutée.

Pourquoi l’IA ne remplacera pas les créatifs qui savent la piloter ?

La montée des IA génératives (texte, image, code) a semé la panique dans les professions créatives. Si une machine peut créer une image ou écrire un texte en quelques secondes, quelle est la valeur ajoutaine du créatif humain ? La réponse se trouve dans une distinction cruciale : la différence entre la créativité combinatoire et la créativité conceptuelle. L’IA excelle dans la première, mais reste limitée dans la seconde. Le créatif qui comprend cette nuance ne sera pas remplacé ; il sera augmenté.

L’IA est un maître de la recombinaison. Elle peut analyser des millions d’œuvres existantes et générer quelque chose de « nouveau » qui est en réalité un mélange stylistique et sémantique de ce qu’elle a appris. C’est une puissance phénoménale pour l’exécution et l’itération. Mais l’IA ne possède pas d’intention propre, de vécu, de conscience ou de compréhension profonde du contexte culturel et émotionnel. La véritable créativité humaine, celle qui consiste à poser un problème inédit, à créer un concept original porteur de sens, à injecter une émotion juste, reste hors de sa portée. C’est ce que soulignait déjà le mathématicien et député Cédric Villani dans son rapport sur l’IA.

Pour assurer la complémentarité de l’humain avec l’intelligence artificielle, ce sont les compétences sociales et relationnelles et les compétences créatives qui doivent être développées.

– Cédric Villani, Rapport ‘Donner un sens à l’intelligence artificielle’

Le rôle du créatif moderne évolue donc de celui d’artisan à celui de directeur artistique d’une IA. Son travail n’est plus de tout faire de A à Z, mais de définir la vision, de briefer la machine avec des « prompts » subtils et intelligents, de trier les centaines de propositions de l’IA pour identifier la plus pertinente, et enfin, de la retoucher pour y ajouter la touche finale d’humanité, d’originalité et d’émotion.

Étude de cas : Les limites cognitives de l’IA face à la créativité humaine

Une étude menée par Anton Oleinik de l’Université Memorial de Terre-Neuve a mis en évidence les domaines où les cerveaux humains conservent une nette supériorité sur les réseaux neuronaux artificiels. Il a été démontré que l’humain surpasse la machine dans trois facettes clés de la créativité : l’identification et l’interprétation fine des symboles culturels, la modélisation complexe des actions et intentions sociales, et la capacité à effectuer des prédictions basées sur une compréhension intuitive du monde. L’IA peut imiter un style, mais elle ne comprend pas le « pourquoi » derrière le symbole, ce qui limite sa capacité à une véritable innovation conceptuelle.

L’IA ne remplacera donc pas les créatifs, mais elle remplacera les créatifs qui refusent de l’utiliser. Ceux qui l’adopteront comme un partenaire puissant pour décupler leur capacité d’exécution deviendront, quant à eux, plus précieux que jamais.

Pourquoi faut-il au moins 1,5% de croissance pour créer des emplois en France ?

Ce chiffre de 1,5% de croissance, souvent cité par les économistes, n’est pas un dogme mais le reflet d’une mécanique simple : pour créer des emplois nets, la croissance économique doit être supérieure aux gains de productivité. Chaque année, les entreprises deviennent plus efficaces grâce à l’innovation, l’optimisation des processus et la technologie. L’IA agit comme un accélérateur massif de ces gains de productivité. Si l’économie croît moins vite que cette augmentation de l’efficacité, les entreprises peuvent produire plus avec le même nombre d’employés, voire moins. Le résultat est une croissance sans emploi, voire destructrice d’emplois.

Dans ce contexte, l’impact de l’IA est double. D’un côté, elle augmente la productivité, élevant le seuil de croissance nécessaire pour créer des postes. D’un autre, elle transforme la nature même des postes existants. Une étude récente de McKinsey estime que près de 60% des travailleurs verront 30 à 40% de leur activité fondamentalement transformée d’ici 2035. Cela signifie que la question n’est plus seulement de « créer des emplois », mais de « créer des emplois à l’épreuve de l’automatisation ».

La seule façon de générer une croissance qualitative, créatrice d’emplois durables, est de se concentrer sur les activités à forte valeur ajoutée humaine que l’IA ne peut pas (encore) prendre en charge. C’est ici que les soft skills deviennent un moteur économique. Les entreprises qui réussiront seront celles capables d’innover, de s’adapter rapidement et de comprendre leurs clients à un niveau profond. Or, ces capacités reposent entièrement sur des compétences humaines : le travail en équipe (considéré comme prioritaire par 82% des responsables RH), la communication, et l’intelligence émotionnelle.

Une équipe capable de collaborer efficacement pour résoudre un problème complexe génère une valeur que ne peut produire une simple somme de talents individuels, même assistés par l’IA. Un commercial doté d’une grande empathie peut conclure une vente là où un script automatisé échouerait. Un manager qui sait inspirer et motiver ses équipes obtiendra un niveau d’engagement et d’innovation inaccessible à un simple algorithme de gestion de tâches.

Ainsi, pour rester du bon côté de l’équation, il ne suffit plus d’être productif. Il faut être un catalyseur de valeur non-automatisable. Votre employabilité dépend de votre capacité à contribuer à cette croissance qualitative, en mettant vos soft skills au service de l’innovation et de la collaboration.

À retenir

  • La valeur se déplace de l’exécution (le « quoi ») vers le pilotage stratégique et l’intention (le « pourquoi » et le « comment »). Votre expertise technique est un prérequis, pas un différentiant.
  • Les soft skills ne sont pas des qualités personnelles « douces », mais des méta-compétences opérationnelles (empathie, esprit critique, créativité) qui permettent de diriger la puissance de l’IA.
  • La sécurité de l’emploi ne dépend plus du statut mais de l’employabilité dynamique : votre capacité à rester adaptable, autonome et à prouver votre valeur ajoutée non-automatisable.

Comment trouver votre voie professionnelle en croisant passion et réalité du marché ?

Le conseil classique « suivez votre passion » est aussi séduisant que dangereux dans le monde du travail actuel. Une passion sans débouché mène à la frustration, tandis qu’une carrière dictée uniquement par le marché, sans aucun alignement personnel, mène à l’épuisement. La clé d’une carrière épanouissante et résiliente à l’ère de l’IA réside dans le croisement intelligent de ces deux axes. Le modèle du « T-Shaped Professional » (professionnel en forme de T) est une excellente grille de lecture pour y parvenir.

La barre verticale du « T » représente votre expertise profonde, votre « hard skill » de prédilection, potentiellement votre passion. C’est votre domaine de maîtrise, ce qui fait de vous un spécialiste. Cependant, dans un monde où les technologies accélèrent tous les cycles, cette expertise seule est fragile. Elle peut devenir partiellement obsolète. C’est là qu’intervient la barre horizontale du « T ».

Cette barre horizontale symbolise vos soft skills : votre capacité à communiquer, à collaborer, à faire preuve d’empathie, à résoudre des problèmes de manière créative. Ce sont ces compétences transversales qui vous permettent de connecter votre expertise verticale aux autres départements, de comprendre les besoins des clients, de manager une équipe et de vous adapter lorsque votre domaine de spécialité évolue. Elles sont le liant qui rend votre expertise pertinente et applicable dans un contexte organisationnel complexe. Investir dans ces compétences n’est pas un luxe, c’est un investissement à très haut rendement : une étude menée par les universités de Harvard, Boston et Michigan a montré que les collaborateurs formés aux soft skills sont non seulement 12% plus productifs, mais que le retour sur investissement de ces formations atteint 256%.

Trouver sa voie aujourd’hui, c’est donc un processus en deux temps. D’abord, identifier et cultiver votre expertise verticale (votre passion, votre talent unique). Ensuite, construire activement votre barre horizontale de compétences comportementales pour rendre cette expertise agile, connectée et précieuse pour le marché. L’un sans l’autre est une structure bancale.

Cette approche en « T » est la meilleure réponse stratégique pour aligner vos aspirations personnelles avec les exigences d'un marché du travail en pleine mutation.

L’étape suivante n’est donc pas de choisir entre passion et raison, mais de vous demander : « Comment mes soft skills peuvent-elles devenir le pont entre ce que j’aime faire et ce dont le marché a besoin ? ». Évaluez dès maintenant où se situe votre véritable valeur ajoutée pour bâtir une carrière qui a non seulement un avenir, mais aussi un sens.

Rédigé par Nadia Belkacem, Titulaire d'un Master en Sciences de l'Éducation et ancienne professeure de mathématiques, Nadia a enseigné pendant 10 ans avant de se spécialiser dans le coaching scolaire. Elle conseille aujourd'hui les familles sur les stratégies d'orientation (Parcoursup) et l'intégration des outils numériques (EdTech) dans les révisions. Elle intervient également en entreprise sur les thématiques de formation continue et de reconversion professionnelle.